• Le combat des deux êtres contraires

    Un livre dans les mains. Les pages apeurées, fuyant peu à peu entre mes doigts, une à une victime de mes pupilles fougueuses et carnassières. Au paroxysme du plaisir sémantique, les synesthésies se dessinent, diaphanes, tournoient gracieusement, heureuses, siéent aux mœurs positives de mon existence. 
    Une seule tache, une seule ombre sur cette vivacité quasi-nocturne : l'hymne du passé retentit, mystérieusement. Qu'importe. Je l'ignore. Je la dénigre. 
    Je me laisse transporter, ailleurs, en un monde infini, où il n'y a que mon esprit réjoui et maître, je m'évade à l'instar des protagonistes privés de liberté. 
    Je lâche un soupir de plaisance, que dire de l'étau chaleureux qui régit ma poitrine, que dire des voix enjouées emplissant ma tête. L'hymne du passé n'est plus inquiétante ; ah, à présent si misérable, ma force éternelle réduit chaque menace à néant.
    J'ai épuré chaque recoin de mon être palpitant, j'ai pleuré, souri, écrit, dessiné, songé à de délicieux rêves farfelus, appelé chaque individu passionné qui me compose pour me couvrir d'ovations encourageantes.
    En cette douce étreinte, je clos les yeux, quiète, je l'ose, je désire m'envoler au pays des songes en cette merveilleuse flopée de sentiments, de résolutions, de convictions. Un exutoire annoncé aussi agréable et simple que ses prédécesseurs. Cette entracte, délimitant deux différentes dimensions, est troublante et pourtant surmontable, je le crois. Drapée de tant d'expériences diurnes, quel funeste évènement pourrait m'empêcher de m'en aller légère ?...

     

     

     


    Ah ! L'hymne du passé ! Négligée, puissante ! 
    La mélodie de la mort, comme une évidence.
    La mélodie de la solitude, comme une injustice éminente.
    La mélodie du désespoir, comme un poing impitoyable, balayant à brûle-pourpoint tant de dure labeur.
    La mélodie de la perdition, comme un tocsin tonitruant, annihilant toutes les couleurs en une vague cafardeuse.
    Tous mes Démons sont ici, fourbes, lestes, immenses. Longtemps bannies, voici les renaissantes affres d’une enfance perturbée, ces spectres monstrueux.
    En écho, me parvient une charmante voix lointaine, laquelle prononce pourtant des mots si durs, écartelant mes globes oculaires de terreur, dont jaillissent tant de larmes immaculées, tant de larmes nocturnes dont mes orbites se languissent. 
    « Ils t'auront. »
    Les peines ressurgissent le jour, puis la nuit. Seulement, un corps d’ores-et-déjà attelé à la tâche le jour, a-t-il assez de force pour répéter cette action lorsqu’il est le temps du repos ? Une victoire si éphémère en est-elle réellement une ? Pourquoi reviennent-Ils si prestement, moi qui Les avais bannis quelques minutes plus tôt ? Déjà tant de questions pour un esprit harassé, lesquelles forment des nœuds infernaux, ornements triomphaux sur ma personne huée et férie, viscéraux, résultant de ma propre panique. 
    Ma chambre, plongée dans une situation silencieuse et esseulée des plus normales, est malgré elle précurseur d'anomalies. Il n'y a plus que moi qui puisse témoigner de signe de vie dans cette pièce, et ce fut là le plus horrible constat tacite parmi ce charivari. Ah ! Comment le silence peut-il créer un tel vacarme ?! Comment une paix désolante peut-elle devenir une guerre effroyable ?!
    C'est un message. Un message de mes Démons insatiables.
    « Souffre. Encore, répètent-ils, répètent-ils, répètent-ils, Nous ne sommes pas repus, tu ne nous échapperas pas. »
    La réponse est introuvable. Chaque énigme est plus absconse que la dernière. Je ne retiens que ces rictus, moqueurs d'avoir assisté à tant de crédulité. Attiser leur mansuétude, quémander quelques instants d'insouciance n'est pas une réussite. 
    Leurs murmures frôlent mes oreilles, telle une caresse glaçante, s'éteignent progressivement. Jusqu'à n'en plus compter que quelques-uns.

    Je vais dormir, maintenant que je ne peux plus faire que cela, que j’ai usé de toutes mes forces. Et demain, je m’écroulerai de la même manière, au petit matin.
    Je dois me nourrir de moi-même. Je dois souffrir devant moi-même, trembler, d’excitation d’un côté, de peur de l’autre.

    Rien que les miens, dans ma tête. Pervertis.
    Mêlés à ma plume innocente et salvatrice.
    La voix charmante, attristée, s'exclame :
    « Je suis là. »
    Un jour dans la nuit. Un contact physique après un vide absolu.
    Il tend la main, pour chercher la mienne. Nos doigts s'enlacent. Un léger sourire mélancolique de réconfort se dessine sur ses lèvres.

    Je vais dormir, maintenant que je ne peux plus faire que cela, pathétique créature suppliante et vorace créature indulgente que je suis.

    ______


     INSOMNIE 

    Ënos
    | Sijerâ

    Je suis forte, mais un combat est à livrer.
    ______

    Un texte écrit après plusieurs soirées d'insomnie épuisantes. A noter qu'il a été écrit en écriture automatique puis légèrement  corrigé, donc en très peu de temps. 
    Sinon, je pars en vacances tout à l'heure, et ce jusqu'au 15 août. Je n'ai pas vraiment eu le temps de faire d'articles, mais j'en prévois plusieurs en rentrant, d'autant plus que je reviendrai avec un sourire aussi large que ma motivation ! 

    Je vais profiter de ces vacances pour bien peaufiner La couleur du vide, d'ailleurs. 


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